Transformation du quartier Génicart (été 2010)

Les Cîmes, je les avais vu construire en 1972-1973 près du petit supermarché qui existait avant Rond point, à côté de la poste de Génicart. Ces tours montaient l'une après l'autre, étage par étage et envahissaient l'espace complètement vide à l'époque, à côté du collège Montaigne.

Je n'aurais jamais imaginé que je les verrais un jour détruites, en un peu moins de trois mois, grignotées, rongées par cette énorme machine que les Lormontais ont nommé Godzila.

Il y a longtemps que je n'avais ressenti un tel sentiment de force et de puissance. Le bruit des mâchoires d'acier qui découpent le béton comme on mord une plaque de chocolat, la poussière, la chaleur de l'été et la résonance du millefeuille qui s'écroule.
Une à une, les tours sont mises en pièces. Fin mai 2010, elles étaient toutes les trois debout, vides, les ouvertures murées, puis doucement elles sont vidées des huisseries portes fenêtres et en juin, la destruction de la tour III près de la rue du Professeur Auriac commence. Elle est menée rapidement et en trois semaines il ne reste plus qu'un gros tas de béton et de ferrailles.
J'ai assisté, par hasard, au début de la démolition de la tour II au coin des rues des Garosses et Montaigne. Joël, Le conducteur de Godzila grignote le coin droit en haut de la tour puis il pratique une ouverture en croix dans le béton, et à partir de là, descend la tour morceau par morceau, beaucoup plus vite qu'elle n'a été construite

 

Le millefeuille est réduit de moitié en surface sur toute la hauteur.

Vers la fin de la démolition de la tour II nous sommes allés très près de la machine, en passant par l'allée qui traverse la résidence des Garosses. Protégés par le grand panneau de métal que l'entreprise a accroché à une grue, l'impression est saisissante.

Le bruit, la poussière, la chaleur nous mènent dans un ailleurs méconnu, le phénomène que j'avais alors sous les yeux je n'aurais jamais pu l'imaginer, et pourtant j'ai l'imagination fertile. Certaines jeunes filles qui passaient près de nous craignaient que cette immense machine leur tombe dessus, mais Joël continuait inlassablement à couper et casser le béton. Partout, les fils électriques pendaient des morceaux de parois cassées
L'acier geint sur le béton, la machine crisse, elle rugit aussi, par moments on croirait entendre les cris d'un animal qui souffre.

Fin juillet la hauteur du tas de gravats de la tour I comparé aux deux trous de part et d'autre est insignifiant. Il y a quelque chose de magique dans cette technique. Le souvenir visuel qui restera sans doute dans la mémoire des personnes qui ont assisté à cette démolition, est le puzzle des couleurs des murs intérieurs des appartements.

 

Pourquoi est-ce ici sur la rive droite et dans les ZUP de Cenon et de Lormont que Godzilla a été inventée ?

On nous avait dit que les « ZUPards » étaient toujours les derniers partout, cette fois j'ai l'impression du contraire.
Un moment donné, après la destruction des deux premières tours, l'espace reprend sa place, on aperçoit à nouveau le Grand Tressan boisé. Mais tout a changé. On ne retrouve pas le paysage d'avant les tours puisque les constructions dans cet endroit étaient rares et dissimulées par les arbres. Néanmoins, l'espace boisé occupe encore une large place depuis le deuxième étage du Richelieu.

 

La tour des Cimes I près du collège a été très vite vidée, et malgré la chaleur et la poussière, très vite démolie.

Les riverains de la rue Montaigne ont du souffrir beaucoup, car malgré le jet d'eau projeté autour des mâchoire de la machine, de grosses vagues de poussière venaient se poser sur tout l'environnement le soir où je suis allée dans la rue Montaigne.
Voilà maintenant les débris déjà en partie triés, d'un côté le béton, de l'autre la ferraille, qui seront concassés et recyclés semble t-il.
Le tapis roulant concasseur aimanté est si puissant qu'il peut attirer votre téléphone portable à une dizaine de mètres. Attention les collégiens !
Je ne sais pas si c'est vrai, j'ai seulement photographié cette machine sans la voir fonctionner.
Voilà, il y aura bientôt de nouveaux bâtiments plus modernes et l'histoire recommence avec de nouveaux Lormontais.

 

Par N. Archambaud

Amis du Vieux Lormont 2015